Mon Grand-Père

Je me souviens, quand j’étais toute petite, que
mon grand-père avait une belle terre avec beaucoup de vaches, des poules, des
porcs. J’allais ramasser les œufs le matin. J’aimais beaucoup aller chez mes
grands-parents.
Puis mon Père me raconta
l’histoire de sa jeune vie.
Ses parents possédaient
un petit lopin de terre, trop petit car les enfants naissaient presque à tous
les ans. Et si ma grand-mère n’était pas enceinte, le curé du village arrivait
et lui disait : « Comment vous n’êtes pas encore enceinte ? Il faut bien vite
nous faire un autre enfant ». Alors à chaque année ma grand-mère avait un
enfant, mais le petit lopin de terre ne suffisait plus à les nourrir tous.
Mon grand-père décida de
partir travailler dans les shops de cuir des USA – on appelle ainsi les
manufactures.
On retira mon père de
l’école et sa soeur la plus âgée.
Mon père s’occupait de
traire les vaches et allait puiser l’eau dans le puit pour la famille. Il
remplaçait son père. Sa sœur s’occupait du jardin, et aidait sa mère à la maison
avec tous les enfants. Puis à l’automne tout le monde se mettait à la tâche :
les petites de 3 et 4 ans arrachaient les patates, les autres récoltaient les
carottes, et les plus âgés allaient ramasser du fourrage qui servirait à nourrir
les animaux l’hiver. Tout le monde travaillait. C’était la vie des colons
français du Québec.
Mon grand-père est parti
aux USA quand ma grand-mère était enceinte. Après qu’elle eut accouché on retira
une autre fille de l’école pour aider à la maison, car la lessive se faisait sur
des planches à laver, et il fallait étendre le linge sur des cordes tendues
entre des arbres.
Mon grand-père rentra des
USA avec de l’argent. Il vendit son petit lopin de terre et en acheta un bien
plus grande. Dieu que la famille était contente !
Ils ont eu davantage de
vaches, une belle étable plus grande et plus solide, un poulailler avec des
cages pour chaque poule, et les cochons étaient logés bien plus loin de la
maison. Dans la cave, sous la maison, il y avait de nombreux coffres en bois
pour garder le manger pour l’hiver. Comme j’aimais aller chez ma grand-mère ! Il
y avait toujours quelque chose qui cuisait sur le poêle à bois.
A seize ans, mon père est
parti pour la ville, mais comme il ne parlait pas l’Anglais, il a eu beaucoup de
difficulté à se trouver de l’ouvrage - ( c’est d’ailleurs encore comme cela
aujourd’hui ). Il rencontra ma mère, une femme qui tenait un commerce. Commença
alors une meilleure vie!
Puis ce fut la guerre de
1940. Mais ici on avait beaucoup de travail à cause de la guerre. Beaucoup de
nos hommes sont partis pour aider la France à se débarrasser des Allemands et
10.000 Canadiens sont mort là-bas à Vimy. Combien de nos hommes sont revenus
sans bras ni jambes, marqués à jamais par cette guerre, condamnés désormais à
rester cloîtrés pour le reste de leurs jours. Il est bien vrai qu’on envoyait
presque juste les Québécois français à la guerre. Par contre les gros bateaux
partis de l’Angleterre venaient mettre à l’abri leurs familles au Canada.
Petite fille, j’ai grandi
dans tout cela. J’allais faire les commissions avec les coupons de rationnement
pour avoir du beurre et du sucre. Mais j’étais très coquine et j’essayais d’en
avoir toujours plus que mes coupons. Plus tard je suis partie comme pensionnaire
dans un couvent, car ma mère voulait que j’acquière de bonnes études.
Je crois que les bonnes
sœurs ne m’aimaient pas trop, car je n’étudiais pas beaucoup, et pourtant je
passais toujours mes examens avec succès. J’étais fort espiègle, et je me
demandais quelle sorte de brassière les religieuses portaient. Un jour je suis
montée dans une de leur chambre et je suis allée vérifier avec une copine. Enfin
je l’ai vue, bien large et sans aucune forme ! Ho-la-la ! Nous avons été en
pénitence bien longtemps à la suite de cet épisode.
Par la suite le Québec
est devenu une province assez riche. On était très bien, en dépit du fait que
nous voulions garder notre langue française. Aujourd’hui les jeunes parlent
presque tous les deux langues officielles du Canada ... Français et Anglais, car
notre pays est d’abord Anglais.
Vous voyez cela me prend
un correcteur pour caresser mon français ! Hi hi hi hi !
Mais je laisse
volontairement traîner quelques fautes, autrement il dirait qu’il n’a rien à
corriger ! Voilà comme je suis : coquine et espiègle au boute.
Gardez-vous le cœur jeune
! Et la vie vous sourira toujours, malgré toutes les peines que nous portons en
vieillissant.
Claudy

Chez Claudy
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