Le vieux piano
Toute petite tu
venais sur mon banc,
Tes petites mains me
frôlaient.
Puis tu as appris à
jouer.
Que c’était beau Chopin,
par toi !

Tu as grandi. Tu passais
des heures avec moi,
Mes cordes vibraient pour
toi,
Ma table te donnait les
sons les plus beaux,
Tu me faisais accorder
souvent.

Je te voyais arriver avec
ta partition.
Quelle mélodie va-t’elle
me jouer ?
Soudain tes doigts
couraient sur mon clavier,
Je résonnais partout dans
la maison.

Tu t’es mariée. Tes
enfants arrivèrent.
Ils venaient me voir
souvent.
Tu essayais de leur
montrer ton savoir.
Puis on me laissa
tranquille dans le salon.

Chaque semaine on me
nettoyait,
Mais ce n’était plus tes
caresses.
Un jour une voix forte a
dit :
Mais il prend trop de
place !

Ils m’entourèrent de
leurs bras.
Ils descendirent un grand
escalier.
Oh ! Qu’on me faisait mal
!
Puis on me mit dans la
cave à la noirceur.

Plus personne depuis ne
me toucha.
Même si j’étais devenu
vieux,
Ma voix était encore
mélodieuse.
J’aurais tant aimé sentir
tes mains sur moi !

On nous relègue souvent,
rendu vieux !
Il nous reste tant de
choses à donner !
Nous avons tant besoin de
« Je t’aime » !
Mais il faut que vous
fassiez votre vie.

Moi, je vous aimerai
toujours !
Le vieux piano.

Claudy



