|

Comment vas-tu toi ?

Un livre ouvert sur mes genoux,
Mes pensées s’envolent sur un
nuage.
Je me revois rire de tout et de
rien,
Ma
vie était douce et pleine de
bonheur.

Il a pris sa retraite assez
jeune.
Notre plaisir était de voyager,
Nous promener par la main le
soir.
Dans les nouveaux petits
villages,

Parler avec les gens, apprendre
l’histoire des lieux.
Quand la ville était trop
grande, on sortait nos vélos.
Tout était beau, car l’amour
illuminait nos yeux,
Puis on allait dormir pour
recommencer le lendemain.

Il avait une mémoire d’éléphant,
Et puis il a commencé par
oublier des mots.
Le médecin lui a dit que c’est
normal,
Un vieillissement prématuré du
cerveau.
Et puis nous avons eu un grave
accident ;
Quand je suis revenue de
l’hôpital,
J’ai remarqué qu’il n’était plus
comme avant.
Un jour il a pris un boulevard à
contresens ...

Mais quelle frayeur j’ai eue,
face aux autos, ...
Depuis c’est comme s’il avait
peur de tout,
Il me suivait, presque collé
contre moi.
Je me suis dit qu’il fallait
faire quelque chose ...
Nous avons consulté un
neurologue :
Les navettes furent nombreuses
avec Montréal.
Il a subi beaucoup d’examens.
Un jour ils nous ont convoqués
pour les résultats.
Je me suis dit : « Ils ont
trouvé le médicament ! »
Le neurologue nous accueillit
dans son bureau :
Le verdict est tombé, et moi
aussi je suis tombée par terre !
Alzheimer

J’ai un message pour vous tous
qui me lisez :
Car tous les gens qui viennent
et lui demandent,
Alors comment tu vas ? Il ne les
reconnaît pas.
Ils ont beau essayer encore,
mais il marche sans les voir.

Tout cela est triste, car on se
demande comment aider ;
J’avais fait différents dessins
sur du papier,
S’il voulait quelque chose, il
me le montrait,
Il ne pouvait même plus prononcer
le mot « peigne »

Mais avez-vous une idée de
l’ouvrage du conjoint,
Qui, jour et nuit, prend soin de
celui qui oublie,
Qui le lave, qui l’habille, lui
fait la barbe.
On pourrait croire que cela
se fait tout seul.
Je n’ai pas de conseils à donner,
mais une prière à formuler,
Car je suis passée par cette
souffrance.
Je voudrais simplement que l’on
voit son labeur.
Que l’on soit capable aussi de
lui apporter du réconfort.
Alors n’oubliez pas de demander
à cette personne:
Comment vas-tu, toi ...?
Car c’est elle qui pleure,
Car c’est elle qui sait tout de
leur triste sort.

Ses
yeux se voileront peut-être de
larmes ...
Les larmes aussi savent adoucir
les plaies de l’âme.
Il
y a tant de fatigue ... il y a
tant d’épuisement ...
Ces
quelques mots lui redonneront du
courage.
Merci de m’avoir lue.
Claudy


 |