La peur

Première partie
 

 

Pourquoi rire des enfants qui ont peur au lieu d’essayer de comprendre ce qui les effraie?

 

Le jour où ma Grand’mère est décédée après une longue maladie,

je devais avoir 5 ans et comme on gardait les vieux à domicile

dans le temps, elle s’est éteinte chez-nous où elle 

demeurait depuis que la paralysie l’avait terrassée…

 

Je l’ai peu connue, car sa dame de compagnie tenait les enfants loin de sa chambre pour ne pas la déranger.

Elle me faisait un peu peur quand elle fronçait les sourcils et me faisait de gros yeux en faisant des signes de m’en aller.

Je croyais qu’elle ne m’aimait pas…

 

La vieille dame qui en prenait grand soin avait presque son âge, elle a été avec nous durant de longues années, elle était devenue notre Mémère, avec sa longue robe noire et son grand tablier blanc.

 

À cette époque, on exposait nos chers disparus à domicile…

Tous les membres de la famille étaient très occupés à préparer les veillées funèbres, à cuisiner pour bien nourrir parents et amis qui viendraient veiller au corps…

Les voisines apportaient des gâteaux, tartes et sandwiches pour aider et sympatiser à leur façon…

 

Moi, la petite dernière, on me demandait de me tenir bien tranquille…Sans plus…

Ma mère occupée à faire cuire des pâtisseries au four du poêle à bois, se tourne vers moi et me dit doucement: Serais-tu capable d’aller chercher des morceaux de bois, un à la fois car le feu diminue et les autres enfants ont d’autres tâches à faire?

Toute fière qu’on me donne enfin quelque chose à faire de mes dix doigts, je me précipite à la cave où le bois est cordé…

Soudain…

Mon sang se glace dans mes veines…

Je viens de voir des « Fantômes », en fait, ce sont les draps blancs lavés et étendus durant la nuit, après le décès…

On est en hiver et pas question d’étendre le linge dehors…

J’ai quand même réussi à monter quelques morceaux de bois, mais j’étais couverte de sueur et à bout de souffle tellement j’avais fait vite car j’avais tellement peur…

Je ne sentais même pas les échardes plantées dans mes doigts

 

À partir de ce jour, j’ai vécu effrayée de tout et de rien…

 

Quand je me couchais le soir, il fallait qu’on ferme soigneusement la porte du garde-robe au cas où il en surgirait quelque méchant ogre qui me dévorerait comme dans les histoires de la

Mémé-gardienne...
 

Désolée pour ce contretemps…Il y a un orage dans l’air et je dois fermer l’ordinateur…
Je vous reviendrai un peu plus tard…

Je crains l’orage aussi…

 

Votre Amie HOOOO!!!!


 

2E épisode


Après ce terrible orage qui m’a privé d’électricité durant de longues heures me revoici en espérant que vous reviendrez me lire…

  

(Suite)

 

J’avais peur du « Bonhomme sept heures » je crois qu’en Europe on l’appelle le « Marchand de sable »

Je croyais à son existence dur comme fer…

Et…Croyez-le ou non…

Je l’ai même vu un soir, qui fuyait vers la porte du garage…

Il était vêtu d’une chemise blanche dont les manches étaient roulées jusqu’aux coudes…HOOO!!!

Je suis vite rentrée à la maison et me suis assise près de la radio

Avec mon chien pour cacher ma terreur…

 

Quand je me couchais le soir, il fallait qu’on ferme soigneusement la porte du garde-robe au cas où il en surgirait quelque méchant ogre qui me dévorerait comme dans les histoires de la

Mémé-gardienne...

 

Vous riez? Moi aussi maintenant….

 

Puis, il y eut les soirs où mon père m’intimait l’ordre d’aller chercher le journal qui nous était livré chaque soir à 18 heures et l’hiver, à cette heure tardive, il fait noir depuis longtemps…

Pour m’acquitter de cette mission, il fallait traverser la maison d’un bout à l’autre pour arriver au tambour, ouvrir la porte, ramasser le journal et revenir à la cuisine morte de peur…

Tout ce trajet se faisait sans respirer…

Je prenais une grande respiration une fois revenue  à la cuisine seulement, et personne ne devinait la terreur qui m’habitait, J’aurais eu tellement honte de l’avouer…
Le « tambour », c’est un espace entre 2 portes…

D’autres l’appellent le vestibule…

En arrivant à la maison, on ouvre la première porte, on peut suspendre les manteaux à la droite, dans le vestiaire,  puis on ouvre la 2e porte qui donne accès au grand escalier qui mène aux chambres de l’étage supérieur ou au salon, la salle à manger ou encore à l’immense cuisine.

 

Bon! Je dois vous quitter car mon technicien m’apprend que je dois faire formater mon ordinateur…Je n’ai que le temps d’expédier ce message à Claudy…

Décidément, les fantômes me courent après…

 

BOOOH!!!


 

3e épisode

 

Mon père mourut de la tuberculose, à l’âge de 47 ans…

J’en avais 11 et j’avais toujours aussi peur mais n’osais  le dire à qui que ce soit…

Je craignais trop qu’on me traite de lâche…

Si mon entourage avait su les efforts que je faisais pour cacher cette peur qui me terrorisait!!!

 

En 1944, on exposait encore les dépouilles mortelles à domicile…

 

Voyez-vous ça, coucher sous le même toit qu’un mort!!!

 

Un jour, alors que beaucoup de gens étaient attablés pour le repas, j’ai osé aller au salon près du cercueil de mon père, enfin…

Pas vraiment près…

Je restais là, debout, les poings tellement serrés que je sentais mes ongles s’enfoncer dans mes mains…

Je voulais voir mon père et j’étais persuadée qu’il se serait assis

Dans sa tombe en me voyant…

J’étais effrayée, ma marraine est venue m’y rejoindre et voyant mon désarroi, elle a vite compris et m’a dit :

Tu as peur, je le sais, tu n’as pas besoin de me le dire, je te connais bien, même si je ne te vois pas souvent…

Tu n’as qu’à toucher à ton père et dis-lui d’emporter ta peur…

 

Quoi ?... Pas question!!!

 

Elle m’a souri pour me rassurer et m’a dit, tu n’as qu’à toucher le coin de sa tombe du bout du doigt, il va comprendre et il va

prendre ta peur avec lui, je t’assure…

Je la regardais et l’aimais tellement que je n’osais pas lui désobéir ou la contrarier…

Je me demande comment j’ai fait pour me décider à toucher

 le coin du cercueil très vite, comme elle me l’avait demandé!!!

Toute ma peur a disparu instantanément, et je suis sentie sereine et calme …

 

Influence du subconscient me direz-vous?

Vous avez certainement raison…

 

Tout ceci a été écrit pour vous faire comprendre que si votre enfant a peur il faut lui expliquer les choses…

Lui dire que s’il y a un bruit la nuit, il y a toujours une raison qui l’a provoqué et il faut aller voir de quoi il s’agit…

 

Surtout, ne jamais l’effrayer en le menaçant de faire venir la police s’il est un peu trop dissipé car un jour il pourrait être en danger et craindre les policiers qui seraient en mesure de l’aider…

Je parle par expérience, ayant eu des policiers dans la famille.

 

En ce qui me concerne, je crois que cette frayeur a été provoquée par des histoires racontées avec beaucoup de talent par une vieille dame qui venait nous garder quand nos parents devaient s’absenter…

Elle était si convaincante qu’elle avait les yeux sortis de la tête en racontant ses histoires inventées de toutes pièces…

Elle ressemblait elle-même à une sorcière…

En fait, je pense qu’elle se croyait elle-même…

 

J’allais me coucher après, et je ne voulais pas qu’on éteigne la lumière, j’étais terrorisée et tremblais de tous mes membres…

Mes sœurs aînées qui dormaient dans la même chambre que moi en avaient assez de mes caprices…

Je les comprends maintenant que j’ai atteint l’âge raisonnable…

Il m’arrive d’en parler avec elles et nous en rions ensemble…

Mais au moment où j’ai vécu cette terreur qui donne des sueurs froides,  j’étais tellement malheureuse de ne pas être comme les

autres enfants et de devoir cacher cette honte qui me suivait comme une ombre prête à BONDIR sur moi…BOOH!!!

 

HOOO!!

Fin

 

Allons!!! Vous reviendrez me lire un de ces jours?

Vous n’allez pas avoir peur maintenant?

 

Votre amie qui dit un gros « Merci » à Claudy pour son appui…

Merci à Gaby pour  ce bel écrit qui nous a tous fait peur, mais nous a rappelé bien des souvenirs.

 

Chez Claudy




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Chez Claudy



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