Indéfectible Amour …

Elle vient de divorcer. Après 3 ans de lutte contre le charme d’une fillette de 17 ans qui sortait avec son mari. Comme elle n’avait aucune chance, elle est partie, folle de douleur. Elle est pleine de rancœur et de méfiance envers les hommes. Elle ne croit plus à rien de ce qu’ils peuvent dire. Elle se sent déjà vieille et laide à 30 ans …

 

Tout à la recherche d’un appartement, elle est loin de penser à autre chose qu’à se loger à un prix abordable. Mais où qu’elle aille, elle ne trouve que des appartements qui ne conviennent pas à son maigre budget. Elle vient de perdre son emploi, et celui qu’elle a trouvé ne lui permet pas de faire de folies. Elle cherche un travail plus rémunérateur, mais les temps sont difficiles et elle doit se contenter de celui qu’elle a en attendant des jours meilleurs.

 

C’est en consultant les annonces classées du journal qu’elle a fini par trouver un studio meublé dans un gros édifice dont la construction vient à peine d’être terminée. Après avoir visité cet appartement tout neuf, elle est séduite par l’ampleur des lieux. Au bureau de location, l’homme qui la reçoit a l’air sévère. Il lui tend le bail après lui avoir expliqué les règlements de l’édifice. Elle a enfin trouvé ce qu’elle cherchait et se penche au-dessus du bureau pour signer.

 

C’est alors qu’elle s’aperçoit que l’homme la regarde avec insistance et reste muet pendant la signature. Horreur ! Elle vient de voir que son corsage s’est légèrement entr’ouvert quand un bouton a sauté sur le bureau. En plein milieu du bureau !

 

Rouge de confusion, elle s’enfuit, oubliant de remettre le chèque du premier mois de location. Arrivée à la maison, elle n’a que le temps de recoudre le bouton pour se rendre au travail, et comme elle s’apprête à sortir, le téléphone se met à sonner. C’était le propriétaire qui lui dit qu’elle ne pourra pas avoir le logement vu qu’elle n’a  pas donné le chèque de dépôt. Affolée, elle explique rapidement qu’elle risque de se mettre en retard pour le travail mais qu’elle ira le porter le lendemain. Il refuse d’attendre. Cependant, sentant son désespoir, il lui offre d’aller la conduire au travail si elle  peut lui remettre le chèque par la même occasion. Il se présente rapidement et la dépose juste à temps. Elle sort de l’auto en trombe, monte les escaliers à toute vitesse et arrive de justesse …Ouf !

 

Elle est distraite. Elle pense à ce bel homme d’âge mûr, bien mis de sa  personne, qui conduit sa voiture de main de maître et qui la regarde avec un doux sourire.

 

Elle est téléphoniste dans un hôpital et travaille de 16 heure à minuit, ce qui lui permet de chercher un autre emploi le matin. L’équipe du soir comprend 4 préposées au téléphone, et l’une d’elle reçoit l’appel d’un homme qui demande à lui parler. Surprise, elle prend la communication et reconnaît  la voix chaude et mature de l’homme. Il lui demande à quelle heure elle finit de travailler. Il viendra la chercher car il n’a toujours pas son chèque, et il y a un prospect qui s’intéresse à l’appartement. Fatiguée, elle lui répond de le louer à ce soi-disant prospect, dès cette nuit s’il ne peut attendre à demain. Et elle raccroche rapidement de peur de céder à la tentation de le revoir.

 

Quand elle quitte l’hôpital, il était là, stationné tout près de la sortie des employés. Il est vêtu de façon impeccable et lui ouvre la portière de l’auto en l’invitant à prendre un café avant de la reconduire. Le premier moment de gêne passé, ils se mettent à parler de choses et d’autres.

 

Il  a 47 ans. Elle en a 30. Il a 7 enfants dont la plus âgée est mariée et mère d’une fillette de 2 ans. Mais sa femme est en institution psychiatrique depuis 8 ans, souffrant d’amnésie temporaire suite au dernier accouchement, et de plus, elle est paralysée de la taille aux pieds à cause de l’épidurale manquée lors de ce même accouchement. Il va la voir en fin de semaine mais elle ne le reconnaît même pas. Il espère toujours qu’un choc lui rendra la mémoire.

 

Elle se dit : Oh !  Oh ! Pas touche …!

 

Dommage ! Car elle commençait à se sentir bien en sa présence.

 

Il la reconduit chez elle et avant de sortir de la voiture elle lui tend le chèque qu’elle a failli oublier encore une fois.

 

Puis, elle recommence sa petite routine journalière et oublie tout. Enfin elle essaie …!

Jusqu’au jour où il la rappelle pour lui annoncer que le loyer est libre plus tôt que prévu, que ses employés sont en train de faire la peinture et qu’elle pourrait emménager une  semaine plus tôt si ça l’accommodait. Quelle chance !

Elle pourra avoir de l’aide et y installer ses effets personnels durant la semaine.

« Merci infiniment de m’avoir prévenue » dit-elle.

 

Le samedi suivant, c’est le grand branle-bas et ses copines l’aident si bien qu’elle se retrouve presque sans nourriture en fin d’après midi. On décide donc d’aller manger une pizza au coin de la rue. À leur arrivée, aucune place n’est disponible et elles s’apprêtent à quitter les lieux quand elle reconnaît son nouveau propriétaire qui était là ,et qui s’avance vers elles pour leur offrir de se joindre à lui puisqu’il est seul à sa table. Elles acceptent d’emblée et dévorent la pizza comme des ogresses et la conversation va bon train. Quand vient le temps de payer l’addition il s’en empare et dit que c’est sa tournée, malgré les protestations. Les copines remercient vivement et s’excusent de devoir rentrer car elles ont des choses urgentes à faire.

 

Elle va pour les suivre. Il la retient doucement par la main et la regarde d’un air suppliant.

Elle est troublée par son regard insistant mais se tient sur ses gardes.

Aussitôt assise il se met à parler de son ennui profond, de sa vie de père célibataire et lui demande de l’accompagner à la Place des Arts le samedi soir de la semaine suivante, pour aller applaudir l’humoriste Yvon Deschamps. Rire nous fera du bien dit-il …

Il a déjà les billets. Il offre de les lui donner si elle craint d’être vu en compagnie d’un homme plus âgé qu’elle. C’est presque un défi. Il la regarde de son air inoffensif et elle ne se sent pas le courage de refuser, mais elle lui dit bien que c’est en toute amitié et qu’il ne s’attende à rien de plus d’elle. Elle veut même payer son propre billet. Erreur ...? Maladresse ...? Elle l’a offusqué et il prend congé rapidement.

 

Arrivée chez elle, elle pense à lui et regrette amèrement de l’avoir blessé. Le téléphone reste mort, si bien qu’elle porte l’appareil à son oreille pour vérifier s’il fonctionne, vu qu’elle vient à peine d’emménager. Bizzzzz ...! Bourdonne l’appareil avec un timbre familier  ...Quel soulagement, il fonctionne ...! Mais il ne sonne toujours pas.

 

Le dimanche au  matin, on frappa discrètement à la porte. Elle sort de la douche, enfile rapidement un peignoir de ratine pour aller ouvrir et …Elle se retrouve face à lui. Mon Dieu ! Se dit-elle, il ne va pas commencer ce petit jeu là ...?

 

Elle est vraiment embêtée et se promet de mettre la chaîne de sécurité à l’avenir, vu qu’il a un passe-partout pour tous les appartements de l’édifice. Il reste tout penaud près de la porte, et dit qu’il devait entrer rapidement pour éviter les regards indiscrets. Il est seulement venu s’excuser et lui tend les billets pour qu’elle choisisse la personne avec qui elle ira voir le spectacle. Puis il ouvre la porte, se sauve comme un voleur et disparaît au bout du couloir.

 

Elle s’habille bien vite. Elle réalise qu’elle n’a pas le droit d’accepter car ce serait le priver d’une distraction bien méritée. Elle a décidé qu’elle les lui rendrait aussitôt que possible.

 

Dans ces gros édifices, les escaliers de secours sont à l’intérieur, et on peut y accéder sans être vu de quiconque. Comme elle contournait l’appartement on frappa justement à cette porte. Elle demande : « Qui est là ...? ». Une voix feutrée répond : « C’est moi ...! Ouvre vite ...! ».

 

Le voilà encore se dit-elle. Si c’est pour les billets, j’allais justement vous les porter au bureau demain ...

 

Je ne viens pas pour les billets ...

Je veux seulement t’emmener faire une balade en auto dans les Laurentides.

Il fait si beau et je connais des endroits que tu aimeras, c’est promis.

On pourrait passer l’après midi à faire du pédalo, ce serait si agréable de quitter la ville …

Il y a une auberge qui offre le service de location de chaloupes et pédalos.

Alors…Qu’en dis-tu ...?

 

Elle reste bouche bée et  pense à un piège en entendant le mot auberge. Elle pense à cette pauvre femme qui est internée, et qui souffre de la chaleur dans cet hôpital psychiatrique. Elle ne se sent pas capable de lui faire ça ...Ce serait trahir toutes les valeurs qu’elle a acquises depuis sa naissance ...Elle refuse, lui explique ses scrupules. Mais elle vit son regard s’allumer tandis qu’il lui disait qu’il respectait sa décision, et qu’il l’en admirait d’avantage.

 

Mais pour le spectacle de samedi prochain, tu ne risques rien en venant avec moi.

Je serais tellement fier de montrer au monde entier que je suis encore capable de séduire une jolie femme, à mon âge vénérable dit-il en riant …

Je me sens si seul, que j’ai besoin de toi pour me remonter le moral.

Tu es comme un rayon de soleil qui est apparu dans ma vie monotone.

Je me sens redevenu un adolescent prêt à faire des folies pour toi.

 

Elle refusa carrément, ne voulant pas le compromettre, lui disant de ne pas insister ...

Il la quitta triste et désemparé …Il fila en voiture comme un coup de vent ...

Trop vite, beaucoup trop vite …

 

Dans une telle situation, qu’auriez-vous fait Madame ou Mademoiselle ...?

Et vous Monsieur, auriez-vous insisté, ou seriez-vous retourné chez vous en rageant contre le destin ?

Suite 2"

Depuis son arrivée elle se promène de long en large, se reprochant son refus radical

qui a dû certainement le blesser.

Elle passe devant ce maudit téléphone qui ne sonnera probablement jamais.

Elle livre un combat contre sa conscience et le bien-être qu’elle ressent en sa présence.

Elle se félicite d’avoir eu la sagesse de prendre cette décision. Mais quand elle regarde son triste appartement, si grand soit-il, elle constate qu’il n’y a ni TV, ni système de son, ni même un simple appareil radio.

Elle est déchirée et son cœur balance entre l’envie de le revoir et la pensée de cette femme internée...

 

Enfin la sonnerie se fait entendre. Elle répond après le deuxième coup pour ne pas lui laisser croire qu’elle l’attendait avec impatience.

« Allo …? »

« Je t’appelle pour savoir si tu as changé d’idée dit-il, et aussi te dire de ne pas craindre mes avances. Je veux seulement jouir de ta présence à mes côtés au moins une fois, afin que je puisse me souvenir de ton sourire quand je serai devenu vieux. »

« Entendu pour le spectacle, dit-elle pour le calmer, mais le spectacle seulement. »

« Je viendrai te prendre à 17.30 h. On soupera au resto de mon choix, je t’en réserve la surprise. Fais-toi belle, comme si tu allais à ton premier rendez-vous dit-il de sa voix la plus suave, et aussi heureux qu’un roi. »

Il fait le bruit d’un baiser et raccroche rapidement pour l’empêcher de protester…

 

Toute une semaine les sépare encore du spectacle et beaucoup de choses peuvent survenir d’ici-là. Elle trouve que le temps passe trop lentement, d’autant plus qu’il ne lui donnera aucune nouvelle avant jeudi. Il est absolument débordé par la location des appartements de l’immeuble.

 

Le grand jour est arrivé. Il l’a appelée tard dans la matinée du samedi pour confirmer l’heure à laquelle il ira la chercher. La soirée s’annonce bien distrayante.

Elle passe la journée à se toiletter. Elle se regarde dans le miroir d’un œil critique et sourit de satisfaction. Décidément, cette robe noire lui sied à ravir.

Elle est prête à l’heure prévue.

Dès qu’elle s’assoit à ses côtés dans l’auto, elle sent son regard admiratif qui l’observe et elle se sent rougir comme une pivoine.

Il sourit et démarre immédiatement en direction d’un restaurant chic où elle voit des gens bien connus du monde artistique.

Effrayée par les prix exorbitants du menu, elle lui laisse le soin de choisir. Il est un vrai connaisseur, ça se voit.

 

Il lui prend la main sur la table sans se préoccuper des gens qui les entourent. Il est fier de se trouver avec elle et semble vouloir le crier au monde entier.

Pendant le repas, copieusement arrosé de vin, les langues se délient et elle est plus à l’aise maintenant. Durant le spectacle ils rient de bon cœur et s’amusent ferme.

Sur le chemin du retour, il semble soucieux et quand ils arrivent à l’appartement, il dit :

« Serais-tu fâchée si je te demandais de monter prendre un café chez-toi ...? »

« Mais non ! J’allais te le proposer, mais tu repars tout de suite après, je ne veux pas me coucher tard ...? »

« Promis, dit-il. Mais je peux t’accompagner si tu veux ... » et il pouffe de rire en la voyant tellement gênée.

« Mais non, je plaisante ! Je ne te forcerai jamais et j’attendrai ton invitation pour te réchauffer quand tu auras froid. »

 

Tout en sirotant son café, il lui demande si elle consentirait à aller à Val David le lendemain.

Elle accepte avec spontanéité et le reconduit à la porte.

Juste avant de partir, il se retourne et la prend par les épaules pour l’embrasser doucement,

tout doucement, puis se détache à regret, l’embrasse sur le front et s’enfuit de peur de l’effaroucher.

 

Elle a de la difficulté à s’endormir. Elle pense à ses lèvres chaudes et sensuelles qui effleurent les siennes, puis chasse cette idée et cherche le sommeil. Elle tourne et se retourne dans le lit toute une partie de la nuit. Puis finalement, elle sombre dans les brumes du sommeil où elle rêve de lui.

 

Au lever, elle prend rapidement sa douche et avale le petit déjeuner, espérant son coup de fil qui ne se fait pas attendre. Il l’appelle de chez-lui et la conversation est brève à cause des enfants. Il parle presque par énigme.

« Je serai chez-toi à 11.30 h .Nous dînerons en cours de route. »

Elle enfile un pantalon blanc. Un petit chandail marine sous un veston rayé marine et blanc.

Il arrive à l’heure prévue et ils filent en direction de Val David.

Après des kilomètres de route, il tourne à droite. Il fait tellement bon maintenant qu’ils ont  quitté la Métropole et son pavé brûlant. Elle soupire d’aise et se cale dans le siège pour mieux en savourer le confort.

Il sourit. Elle le sent heureux.

Un nouveau virage, et elle voit une petite auberge accueillante dissimulée sous les arbres.

La voyant réagir, il lui dit de ne pas s’inquiéter ... qu’il va aux informations.

Il revient bien vite et démarre doucement pour se rapprocher de la rivière et du poste de location où on loue des embarcations.

Il règle le gardien pour 2 heures, et les voilà partis en pédalo sur cette jolie petite rivière qui semble se faire complice de cet heureux couple.

Ils pédalent ainsi quelque temps et elle chante  des œuvres interprétées par Mathé Altéry tirées de son dernier 33 tours que sa mère lui a offert, quand elle vivait encore avec son mari.

-  Copélia  , Valse lente ,  Je t’attends -

Il est surpris de la pureté de sa voix et lui prend la main tout en redressant le gouvernail de temps à autre.

Le temps passe vite, beaucoup trop vite. Il aborde le quai, craignant un coup de soleil et la guide vers  la salle à manger de l’auberge.

Ils soupent  lentement. Elle se sent bien avec cet homme fort qui sait être, tour à tour, homme du monde ou sportif aguerri.

Elle essaie de deviner ses pensées.

Et lui, de son côté, voudrait bien la prendre dans ses bras. Mais pas question de l’effrayer, car elle refuserait certainement de l’accompagner à nouveau.

Quel dilemme ...!

 

Elle est troublée par son regard de braise, et s’imagine dans ses bras mais elle ne peut pas.

Elle ne doit pas céder à cette bouffée de passion qu’elle sent monter en elle.

Voyons, se dit-elle, il a 17 ans de plus que moi ...!

Mais elle le voit si heureux ...!

 

Il la regarde avec tendresse et lui frôle la main en lui parlant.

Elle se sent fondre dans ses yeux pers.

« Tu sais, il n’est pas question pour moi de penser à refaire ma vie. J’aime ma femme, mais je me sens mourir à petit feu. Je suis si seul.

 

Le samedi suivant, ils vont au cinéma. Mais il la regarde tellement qu’il ne doit  vraiment pas savoir ce qui se passe à l’écran. Il prend sa main dès que les lumières sont éteintes. Elle est émue au plus haut point. Elle qui se croyait finie pour le reste de ses jours, cet homme est en train de la faire renaître. Elle se sent femme à nouveau.

 

Encore une fois, je vous le demande qu’auriez-vous fait?

 

Vous saurez la suite très bientôt, si vous venez me lire lors de la prochaine mise à jour de Claudy.

 

Votre amie …

 

"suite  3"

Dimanche, il va rendre visite à son épouse, la laissant seule.

Elle comprend mais ressent un petit pincement au cœur quand elle l’imagine lui donnant un baiser. La visite ne dure que 3 heures mais pour elle c’est une éternité.

Il lui téléphone de son bureau en soirée car il ne veut pas que les enfants sachent ce qui se passe.

Et voilà que les cachettes commencent. Elle doit maintenant aller le rencontrer ailleurs de peur que sa famille n’apprenne son aventure.

Ils vont parfois à la montagne. Ils admirent l’immensité du paysage qui s’offre à eux et tout doucement, il lui embrasse le cou et elle lui offre ses lèvres pour la première fois.

 

Le lendemain, tôt le matin, on sonne à la porte et deux livreurs apportent une boîte contenant un magnifique téléviseur qu’elle n’a pas commandé.

Puis, c’est un radio stéréo, combiné qui comprend aussi le tourne disque 33 et 45 tours.

Elle ose l’appeler à son bureau pour protester mais il dit en riant que c’est compris dans le prix de la location. On ne l’a jamais gâtée de la sorte, elle croit rêver.

En effet, c’est un rêve qui pourrait tourner au cauchemar si elle se laisse prendre au jeu.

 

Il l’appelle de son bureau en matinée avant qu’elle ne parte à la chasse à l’emploi, et lui dit qu’il se meurt d’ennui, qu’il veut absolument la voir ce soir après son travail car il a des choses importantes à lui dire.

Quand il va la chercher à minuit, il démarre en trombe. Elle le sent nerveux, lui qui est toujours d’un calme imperturbable. Il s’écarte du trajet habituel et s’engage dans le chemin qui mène au Mont Royal. Arrivés au point de vue, il lui dit que les médecins ont décidé de laisser son épouse sortir en fin de semaine afin de voir si elle aurait une réaction quelconque en retrouvant son domicile. Il est ému au plus haut point et essaie de lui expliquer, à sa façon, son état d’âme et lui dit :

« Je suis partagé entre l’espoir qu’elle se rétablisse et la peur de te perdre. »

« Je te veux rien qu’à moi ...! »

« Je ne pourrai pas te voir avant dimanche soir après l’avoir reconduite à l’hôpital. »

« J’ai peur…Oui, pour la première fois, j’ai peur de l’avenir. »

« Si tu savais comme je suis tenaillé par la peur de te perdre. »

Elle lui répond qu’il n’a rien à craindre étant donné qu’il ne s’est jamais rien passé entre eux.

Il n’a pas à se sentir coupable de quoi que ce soit sinon d’avoir essayé d’oublier sa peine etde combler sa solitude.

 

De retour chez elle, elle a le cœur lourd et voit le bonheur lui filer entre les doigts, mais elleacceptera la décision du destin, si cruel soit-il.

Dimanche soir, il frappe à la porte sans l’avoir prévenue de son arrivée.

Il est bouleversé, elle lui offre un café et il raconte que rien ne s’est passé durant cette fin de semaine où toute la famille avait espéré un miracle.

Elle a couché dans leur chambre et quand il est allé la retrouver, elle lui a demandé qui il était et ce qu’il voulait.

Il en avait été soulagé car il n’avait nulle envie de faire des prouesses amoureuses dit-il à sa grande honte. Il a dû coucher dans la chambre d’amis, ce que les enfants n’ont pas compris.

Elle vouvoyait ses enfants et se présentait à eux en donnant son prénom qu’elle connaissait car on le lui avait dit et répété depuis des années à l’hôpital.

Bref, l’expérience a été un fiasco. Mais les médecins veulent qu’elle retourne à la maison aux 15 jours pour quelque temps, et enfin chaque semaine par la suite. Il veut tout tenter pour qu’elle retrouve sa raison mais ne sait quoi faire pour l’aider.

 

Il a les yeux remplis de larmes, qu’il tente en vain de dissimuler. Elle se sent impuissante devant ce désespoir. Elle s’approche de lui et prend sa tête qu’elle serre contre son cœur en lissant ses cheveux d’une main caressante. Il ne peut résister et se lève pour l’enlacer. La longue étreinte qui suit prouve à quel point il est attaché à elle. Il l’embrasse encore et encore, de plus en plus passionnément. Plus rien d’autre n’existe. Elle connaît l’ivresse d’être aimée à la folie. Ils sont seuls au monde. Il passe la nuit auprès d’elle, la serrant contre lui et parfois il se soulève sur un coude pour la regarder dormir.

 

Il n’a pas à s’inquiéter de la maison. Depuis les premiers signes de la maladie de sa femme il a engagé une personne à temps plein. Les enfants sont en sécurité.

Il repart vers 5 heure du matin sans faire de bruit pour ne pas alerter les autres locataires et

compromettre  leur idylle de conte de fée.

 

Dans les jours qui suivirent, il fut convenu qu’ils se rencontreraient désormais dans un Motel, jamais le même afin d’éviter les rencontres indésirables.

 

Au travail elle était distraite et ne pensait qu’à lui.

 

Un jour elle reçoit une réponse favorable à une application faite dans un bureau de la rue Sherbrooke. On lui demande de prendre son poste le lundi suivant. Elle a tout de suite senti que son avenir était enfin assuré, et que la chance allait tourner en sa faveur.

À l’hôpital, on lui demanda d’assurer encore quelques fins de semaines en attendant qu’on lui trouve une remplaçante.

Cela de pose aucun problème vu que l’épouse a recommencé ses sorties, lesquelles se révèlent être un échec. Tous ces échecs l’obligent quasiment à ramasser son ami à la petite cuillère quand il vient la chercher le dimanche soir. Elle se pose de nombreuses questions à son sujet.

Que fera-t-il quand elle retrouvera la mémoire ?

 

Un soir, alors qu’ils ont soupé dans la chambre d’un Motel, il lui dit :

«  Tu sais, je t’aime à en mourir mais je ne veux faire aucun mal à ma femme. En fait, je suis douloureusement partagé entre deux amours bien différents. »

« Pour toi, j’ai un amour passionné et je ne peux que souhaiter que tu ne te lasses pas de m’attendre. Je suis constamment déchiré mais je t’aimerai toujours. »

« J’ai décidé de t’offrir cette bague, pour te prouver mon attachement et ma fidélité. Ne proteste pas ! Tu as éclairé ma vie au moment où je me sentais sombrer dans le désespoir. »

« Si tu savais comme je t’aime, dit-il en la serrant dans ses bras. »

 

« En somme, nous sommes fiancés sans l’être dit-elle. Mais ça ne fait rien, puisque je t’aime

aussi de tout mon être. »

« Merci de m’avoir offert ce gage de ton amour. »

 

Les semaines s’écoulaient et ils étaient de plus en plus épris l’un de l’autre.

Les sorties de madame ne donnaient aucun espoir jusqu’au jour où …

Lors d’une fin de semaine particulièrement chaude, où toute la famille était réunie pour un

Barbecue. Ils devaient manger vers 18hres, et il y avait de nombreux baigneurs dans la piscine.

On avait emmené la malade en chaise roulante sur le patio, en prenant soin de l’installer à l’ombre d’un arbre. Il y avait beaucoup de va et vient pour la préparation du repas. On entrait et sortait pour se laver les mains, on dressait les couverts, on passait les aliments ...Quand soudain, la chaise roulante bascule dans la piscine et la malade se met à nager de toute la force de ses bras pour attraper  un enfant qui avait coulé à pic sans que personne ne l’ait vu.

 

Elle lui maintient la tête hors de l’eau jusqu’à l’arrivée du secours. Quelqu’un s’occupe de réanimer l’enfant sauvé par sa grand’mère pendant que d’autres s’occupent de ramener celle-ci en sécurité. Tout le monde riait et pleurait à la fois. La malade avait suivi des cours de sauveteur autrefois, et avait réussi à flotter sur le dos pour ne pas couler vu la paralysie de ses jambes. On l’essuie, on l’embrasse, on l’installe dans son fauteuil roulant,  et elle dit à son mari : « Dis donc, tu as pris un coup de vieux ces jours derniers, tu travailles trop, il va falloir songer à ralentir …»

Tous restent bouche bée.

Elle mêle les noms de ses enfants et ne sait pas qui est ce petit garçon de 3 ans à peine. On lui dit qu’elle a eu un accident et que tout va bien maintenant. Et graduellement on lui fait comprendre que ce petit est le fils de son garçon, qu’elle a aussi une petite fille qui est la fille de sa fille aînée. Elle va de surprise en surprise et pleure maintenant car elle sent qu’elle a manqué beaucoup de choses depuis ces quelques années passées en psychiatrie. Tous mangent comme des ogres et on veille assez tard. Mais elle doit retourner à l’hôpital pour que les médecins puissent évaluer son état et établir un plan de traitement.

 

Après l’avoir déposée à l’hôpital, il se précipite chez son amour et dès son arrivée, l’embrasse

longuement pour éviter de parler afin de ne pas l’inquiéter. Elle sent que quelque chose se passe et attend patiemment qu’il lui raconte sa fin de semaine comme il le fait toujours.

Il se contente de la serrer contre lui et de lui murmurer : « Je t’aime »

Elle finit par s’informer de l’état de la malade et il éclate en sanglots en disant :

«  Je ne veux pas te perdre ...»

Elle sait alors qu’il s’est passé quelque chose de grave pour le mettre dans un pareil état et il raconte le miracle survenu. Elle est heureuse pour eux, mais elle sait que désormais tout est fini. Elle se dégage de son étreinte et lui dit qu’ils doivent cesser de se voir immédiatement car les choses sont différentes à présent.

« On doit donner la chance à ta femme de se remettre à vivre avec toi, n’insiste pas, je serai intraitable…Plus tard, beaucoup plus tard, on verra …Je ne t’oublierai jamais, toi qui m’a redonné confiance en la vie et en moi-même … »

Elle se dirige vers la porte, attendant qu’il parte. Mais arrivé près d’elle, il la prend dans ses bras et l’étreint farouchement et lui dit qu’il veut se souvenir de la chaleur de son corps aussi longtemps qu’il vivra.

Après son départ, elle pleure toutes les larmes de son corps et finit par s’endormir d’un sommeil entrecoupé de cauchemars.

Le lendemain, il pleuvait à torrent. Ses larmes se mêlaient à la pluie qui coulait sur son visage.

En s’en allant travailler, elle pensait qu’elle n’avait plus le goût de vivre. Tous ses rêves s’étaient envolés en fumée une fois de plus.

 

Il a bien essayé de lui téléphoner à plusieurs reprises mais elle refusait toujours ses invitations.

Elle n’a jamais refait sa vie. S’il vit encore, il doit avoir 92 ans. Elle a toujours suivi la rubrique nécrologique du journal, et jamais ...jamais elle n’a vu paraître son nom. Elle garde encore espoir …Qui sait ...?

 

Si vous me lisez ...Si vous êtes le monsieur qui a vécu cet impossible amour, écrivez à Claudy en cliquant sur Courriel et donnez-lui vos coordonnées. Elle s’empressera de transmettre votre message . Elle est déménagée depuis tout ce temps, et vous aussi sans doute …

 

Votre amie …

 

 

Merci Claudy de me transmettre les messages des gens qui voudraient lui écrire…

Tu es indispensable…