 

Amour, Amour, quand tu nous tiens !


Nous étions amies depuis de nombreuses années et nous
avions eu une jeunesse heureuse.
Mais les circonstances firent qu’on a été séparées
quelques temps. Nous nous sommes retrouvées tout à fait
par hasard à l’occasion d’un bal annuel de la police où
nous assistions mon mari et moi.
Elle avait une robe vaporeuse dans un ton gris perle et
le couturier avait drapé légèrement le tissu de la jupe
pour y broder une rose magnifique.
Elle avait un port de reine.
Elle était d’ailleurs une jeune fille superbe qui avait
déjà fait la « une » d’un grand journal lors d’une
exposition de voitures luxueuses.
Elle avait vraiment l’allure d’un mannequin.
Les présentations faites, nous avons passé le reste de
la soirée
à danser et à valser, heureuses de nous retrouver.
Les hommes semblaient converser de façon amicale quand
l’orchestre prenait une pause.
Son compagnon et elle formaient un couple parfaitement
assorti.
Elle ne voyait que lui et il était prévenant pour elle,
comme si elle avait été la princesse dont il avait
toujours rêvé.
On a pris l’habitude de se revoir une fois par semaine.
Et un beau jour Ariane nous a annoncé ses fiançailles
pour bientôt.
Alors nous avons pris le vin ensemble pour fêter leur
engagement en attendant qu’elle annonce la nouvelle à
ses parents.
Elle m’a même montré les alliances qu’elle devait garder
chez elle,
car Sylvain vivait en appartement et craignait les
voleurs. Il
préférait lui en confier la garde.
Mais il tardait à fixer la date du mariage pour toutes
sortes de raisons plus obscures les unes que les autres.
Quelques mois plus tard, elle m’annonce qu’elle est
enceinte.
Dès lors il ne peut plus reculer.
Elle est heureuse même si sa mère l’est moins, car
c’était bien mal vu à l’époque.
Les gens pensaient qu’alors le mariage était avancé par
le seul souci de répondre à une obligation.
Il restait à Sylvain le soin de l’annoncer à ses
parents.
Parfois, lorsque je lui rendais visite, elle sortait la
bague et l’essayait à son doigt en éloignant la main
pour la faire miroiter.
Puis, elle la serrait contre son cœur et la rangeait
dans son écrin en rêvant.
Elle faisait de projets pour le bébé et cherchait des
prénoms et on s’amusait à sortir des noms horribles.
Ça finissait toujours par un éclat de rire. Elle disait
qu’elle ne pouvait pas hypothéquer l’avenir de son
enfant de la sorte.
Soudain le téléphone sonne.
Comme nous étions seules, elle s’empresse de répondre
croyant que c’est Sylvain.
Je m’apprêtais à sortir en lui faisant signe de la main,
mais elle s’accroche à moi l’air livide.
Je ne pouvais la laisser comme ça.
Je reste auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle cesse de
pleurer.
Elle finit par me confier la nature de cet appel.
Entre deux sanglots, elle me dit :
« C’était un avocat qui m’a avisée de cesser de
fréquenter Monsieur Sylvain X., sinon sa femme entamera
une procédure de divorce »
Pauvre Ariane, elle tombait des nues, son beau rêve
s’écroulait.
Quand il est arrivé, Sylvain ignorait tout, mais en
voyant ses yeux bouffis, il a deviné que quelque chose
de grave était arrivé.
En apprenant la raison de sa peine, il a fait une colère
lui disant qu’il avait l’intention de divorcer et ne
savait comment le lui dire.
Il était beau comme un acteur de Hollywood, et il en
avait certainement le talent.
Quel chanteur de pomme !!!
Il était toujours vêtu comme une image de la mode.
Un homme adorable quoi !!!
Quelques jours plus tard, elle est convoquée au bureau
du père
de Sylvain qui, elle l’ignorait, était un grand magnat
de la finance Montréalaise.
Elle me demande de l’accompagner car elle est très
nerveuse.
Nous entrons dans un grand bureau, luxueux à outrance,
de mauvais goût et froid comme l’homme qui nous
accueille.
Je remarque que cet homme d’affaires a un sursaut
d’admiration en l’apercevant.
C’est un homme à femme me dis-je.
Mais il redevient vite bien froid, s’assied à son bureau
sans mot dire, et se met à écrire.
Je n’ai aucune idée de ce qu’il est occupé d’écrire.
Brusquement il lui tend, par-dessus le bureau, un
chèque, en lui disant que ça devrait couvrir les frais
pour l’avortement.
Rouge d’indignation elle se lève, déchire le chèque, lui
lance les morceaux sur son bureau et nous sortons.
On l’entend dire :
« À bientôt dans d’autres circonstances ma chère. »
« Vous êtes si jolie quand vous êtes en colère. »
Quel vieux salaud !

Dans l’ascenseur elle me dit le
montant du chèque, offert pour se débarrasser d’elle, et
qui devait permettre au fils de sortir de cette
situation.
Elle réalise maintenant que le père
doit être habitué à sortir son fils du pétrin dans
lequel il se met, et que c’est devenu chose courante.
Elle comprend qu’il a dû en faire
souvent des chèques de $5,000.00 dollars.
Mais elle a décidé de garder le bébé.
Elle a aussi décidé de rompre avec
Sylvain.
Mais il allait l’attendre à la sortie
du travail.
Mon mari a même dû s’y rendre lui-même
pour la protéger.
Elle refusait toujours de le voir et
sortait parfois par la porte arrière pour éviter de le
rencontrer.
Il la poursuivait sans relâche.
Elle a quitté son emploi et se terrait
chez sa mère sans
mettre le nez dehors.
Un jour il est venu chez moi.
Mon mari qui était en congé, était
près de moi.
Il voulait nous convaincre
d’intercéder en sa faveur.
Je ne sais trop pourquoi, je lui ai
dit que je n’avais aucune nouvelle d’elle depuis son
départ pour la campagne, où elle était allée pour se
rétablir de l’avortement subi.
Mon mari m’observait, se demandant
bien ce qui m’avait fait inventer cette histoire, mais
je l’ai regardé d’un air
Suppliant, et il a compris que c’était
pour accorder à la pauvre Ariane le répit dont elle
avait besoin.
Elle ne répondait plus au téléphone,
et nous disions ignorer où elle s’était réfugiée.
Pendant ce temps, on achetait de la
lingerie pour le petit être qui devait naître, que nous
aimions déjà.
On attendait la tombée de la nuit pour
aller lui porter nos paquets.
Ce petit manège a duré quelques mois,
puis elle est allée demeurer
à la campagne chez une vieille tante
célibataire qui l’a accueillie à bras ouverts.
Sa petite fille est née un jour de
printemps.
Elle était blonde et avait le teint
rose comme une fleur.
Ariane venait de trouver le nom qui
lui convenait à merveille :
« Rose » !
Quelques semaines après la naissance,
elle a repris le travail et faisait des heures
supplémentaires pour payer la garde de Rose.
Elle lui avait trouvé une pension
tenue par une infirmière
spécialisée dans la garde de jeunes
bébés de moins d’un an.
Elle lui rendait visite à l’autre bout
de la ville et revenait fourbue,
mais heureuse après avoir fait un
trajet de 2 heures en autobus.
Il n’y avait pas de métro à cette
époque à Montréal.
Un soir, elle me téléphone d’une
cabine téléphonique.
Il pleut averse et sa voix
grelottante implore de l’aide.
La petite est dans le taxi qui
l’attend pendant qu’elle me parle.
Elle vient d’appeler sa mère qui lui a
refusé son aide.
Elle me supplie de l’accueillir avec
sa fille pour la nuit en attendant qu’elle trouve une
solution.
Elle pleure. Elle me dit qu’elle a dû
retirer la petite de la pension à cause de mauvais
soins.
Sans hésiter je lui réponds :
« Viens-t-en vite, on vous attend
toutes les deux»
Mon mari travaille mais je sais qu’il
sera d’accord.
Je suis nerveuse et je fais les cents
pas, me demandant où mettre la bassinette pour que la
petite puisse dormir au calme.
On sonne à la porte. Le chauffeur de
taxi l’accompagne portant le petit lit qu’il avait
replié pour le transport.
Elle dit : « As-tu trois dollars à me
prêter ? »
La course a été plus dispendieuse que
prévue.
Je vérifie et n’ai que deux dollars
mais je vais chercher le reste dans mon « Cochon », ma
tirelire qui contient une petite réserve
pour les imprévus.
Le chauffeur nous donne un coup de
main pour remonter le petit lit, puis s’en va en nous
souhaitant bonne chance.
Il est 22 heures.
Ariane pleure encore tandis qu’elle
enlève le petit chapeau
qui couvre la tête de Rose.
La pauvre petite !
Elle a d’affreuses cloques d’eau sur
le crâne.
Ariane désinfecte ses plaies à l’aide
des médicaments que j’ai à la maison.
Une fois Rose installée
confortablement, elle me raconte que l’infirmière a dû
intervertir les lits des bébés par distraction, et c’est
ce qui aurait infecté la petite.
Ariane se demande ce qu’elle va faire
car elle doit travailler le lendemain.
Je lui offre de la garder durant une
semaine pour lui permettre de trouver la solution
idéale.
De toute façon, je suis enceinte de 4
mois et ça m’initiera aux
soins que réclame un bébé, dans le
fond tu me rends service dis-je !
Quelle surprise quand mon mari arrive
du travail vers minuit et demie !!!
Mais c’est un homme de cœur. Il
m’approuve et tout est réglé.
Rose avait 8 mois et occupait ma
journée de façon charmante.
Son gazouillis me ravissait et je
m’attachais à ce petit bouton de Rose adorable.
Je l’ai gardée environ 4 mois. Elle a
fait ses premiers pas avec moi.
Mais ma grossesse devenait de plus en
plus lourde, et j’ai dû prendre la décision de me
séparer d’elle.
J’en ai éprouvé beaucoup de chagrin
mais je pouvais la voir régulièrement puisqu’une voisine
qui m’aidait depuis son arrivée,
avait accepté de la prendre chez elle.
La mère d’Ariane refusait toujours de
voir sa petite-fille.
Quel scandale ! Un bébé né hors
mariage !
Puis un jour, Ariane a fini par
épouser un ami d’enfance qui avait toujours été amoureux
fou d’elle.
Il a adopté officiellement la petite
Rose, et le cauchemar a pris fin.
Ils ont eu plusieurs autres enfants
sans que cet homme généreux fasse aucune distinction
entre les enfants.
Si bien que Rose s’est épanouie au
milieu d’ une famille heureuse.
Et comme je crois à la loi du retour,
j’espère que ceux qui lui ont fait tant de mal ont eu à
rendre des comptes devant l’Éternel.
Je vous dis à bientôt,
et merci d’être fidèle au rendez-vous
…
Je vous aime …

Je dis aussi « Merci » à mon amie
Claudy qui m’encourage à continuer ...





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